Un petit verre d’eau purifiée avec du sel de déglaçage?

Le Soleil
Baptiste Ricard-Châtelain

Le Soleil, Le jeudi 10 septembre 2020

L’eau potable de la Ville de Québec pourrait un jour être purifiée… avec du sel de déglaçage préalablement épandu sur nos routes enneigées. En tout cas, un chercheur de l’INRS pense pouvoir récupérer le polluant, l’assainir et lui donner une seconde vie noble.

Chaque hiver, des milliers de tonnes de sel de déglaçage sont déversées sur le bitume de la capitale; un investissement de millions de dollars dans le bonheur des automobilistes maudissant la neige et la glace. Mais l’opération a aussi un coût environnemental non négligeable. D’ailleurs, le lac Saint-Charles, source d’eau potable importante de Québec, souffre d’un excès de sel.

Justement, c’est en bordure de ce plan d’eau primordial pour l’approvisionnement de la cité que s’attardera l’équipe du professeur Patrick Drogui, spécialiste des électrotechnologies et du traitement de l’eau à l’Institut national de la recherche scientifique. Objectif : intercepter le ruissellement hivernal souillé d’une route, avant qu’il coule dans le lac, puis créer un procédé chimique qui permettra sa réutilisation sous forme de chlore.

Simple? «Je ne dis pas que c’est facile, les défis sont grands», concède M. Drogui au cours d’un entretien avec Le Soleil. «Mais nous sommes confiants de pouvoir arriver à quelque chose d’intéressant du point de vue environnemental et du point de vue économique également.»

Le chercheur se donne trois années. La première pour créer le procédé en laboratoire et le rendre fonctionnel.

Simplifions :

à l’étape 1, l’eau chargée de sel de déglaçage (du chlorure de sodium) sera récupérée puis nettoyée des contaminants comme les hydrocarbures;

à l’étape 2, le liquide salé sera concentré;

à l’étape 3, les ions chlorure séjourneront dans un «réacteur» où ils deviendront du chlore actif, un produit déjà utilisé pour désinfecter l’eau potable.

Une fois la technologie crée en labo, l’équipe de l’INRS s’investira d’abord à évaluer le coût d’un développement à plus grande échelle. Ensuite à concevoir un engin de taille restreinte déplaçable sur le terrain : «On entend mettre au point des unités mobiles, qui vont être installées sur des sites à côté des voies routières où on a un déversement important des eaux de ruissellement.»

«On est quand même optimistes, mais il faut savoir à quel coût», remarque-t-il. «Il faut pouvoir arriver à un coût compétitif.»

Laisser le sel de déglaçage dans la nature a aussi un prix dont il faut tenir compte, poursuit-il. «Lorsque vous acheminez des eaux qui sont chargées en chlorure dans l’environnement, il y a des effets néfastes. D’abord sur la biodiversité, il y a une perturbation de la biodiversité. [Aussi], cela peut dégrader les sols.»

M. Drogui escompte donc faire d’une pierre deux coups : préserver l’environnement et réutiliser une ressource.

Voilà qui est dans l’air du temps, dans la mouvance du zéro déchet, du recyclage, du réemploi, fait-il d’ailleurs remarquer.

La recherche de l’équipe supervisée par Patrick Drogui s’intitule «Développement de procédés électrolytiques de récupération et de réutilisation des sels de chlorure issus des eaux de déglaçage routier en vue de la désinfection des eaux potables». Les travaux sont financés, entre autres, par la Ville de Québec et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG); un investissement d’environ 300 000 $. Le ministère des Transports est aussi partenaire, tout comme l’organisme surveillant le bassin versant du lac Saint-Charles, AGIRO. Le groupe Veos, entreprise privée, collabore également.

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